Échos des planches

L’histoire et les grandes pièces de la Comédie de boulevard

L’histoire et les grandes pièces de la Comédie de boulevard

L’histoire et les grandes pièces de la Comédie de boulevard

Pendant plus de deux siècles, les boulevards parisiens ont vibré au rythme d’un genre théâtral qui a su conquérir tous les publics. Avec ses quiproquos, ses adultères et ses personnages haut en couleur, ce style fait rire la France depuis le XIXe siècle et cela devrait perdurer encore longtemps.

Les origines de la comédie de boulevard

Au XVIIIe siècle, les théâtres forains s’installent sur les boulevards parisiens et proposent des spectacles populaires pour échapper aux monopoles des scènes royales qui leur interdisent le théâtre parlé. Le boulevard du Temple devient rapidement le cœur de cette vie culturelle bouillonnante, gagnant au début du XIXe siècle le surnom de « boulevard du Crime » en raison des mélodrames sanglants qu’on y joue. Des entrepreneurs comme Nicolet, fondateur de la Gaîté en 1759, ou Audinot avec son Ambigu-Comique, séduisent un public avide de divertissement avec des pantomimes, des mimes, des féeries ainsi que des drames à grand spectacle.

 

Puis, le décret de Napoléon Ier vient réglementer ces théâtres et favorise la consolidation de scènes secondaires en limitant les privilèges des institutions établies. Le théâtre de boulevard, dont fait partie la comédie de boulevard, désigne alors à la fois un lieu géographique (les salles des boulevards), une esthétique théâtrale et un genre dramatique qui englobe plusieurs formes :

 

  • les mélodrames manichéens
  • les vaudevilles chantés
  • les féeries spectaculaires
  • les comédies d’intrigue

 

Parmi toutes ces formes, c’est la comédie d’intrigue qui va évoluer pour devenir ce qu’on appelle aujourd’hui la comédie de boulevard. Contrairement aux scènes subventionnées comme la Comédie-Française, ce style de théâtre s’adresse à public large et bourgeois, grâce à son efficacité dramatique et à l’émotion immédiate qu’il procure.

Reconnaître une comédie de boulevard

La comédie de boulevard s’impose comme un sous-genre distinct du théâtre de boulevard sous le Second Empire, époque où la bourgeoisie triomphante recherche un théâtre qui lui corresponde. Des salles (situées sur la rive droite contrairement au théâtre de Nesles) comme le Vaudeville les Variétés ou le Gymnase deviennent les hauts lieux de ce répertoire où l’on rit des ridicules sociaux sans jamais brusquer le public conservateur. Le grand dramaturge Eugène Scribe théorise alors la « pièce bien faite », avec ses intrigues mécaniques, ses rebondissements prévisibles et ses résolutions morales rassurantes.

 

La comédie de boulevard repose sur des situations farcesques où quiproquos et malentendus s’enchaînent à un rythme effréné. L’adultère, l’argent et les ambitions sociales font partie des thèmes de prédilection de ce théâtre qui reflète les préoccupations bourgeoises. Chaque pièce calcule avec précision les entrées et sorties des personnages pour maximiser l’humour physique et verbal, à l’origine d’une mécanique théâtrale ô combien efficace. Si vous assistez à une comédie de boulevard, vous reconnaîtrez immédiatement ces personnages stéréotypés qui peuplent le genre depuis ses débuts.
Le mari trompé, la femme coquette ou encore le valet rusé défilent sur scène dans des situations qui déforment légèrement la réalité pour mieux la satiriser. Les auteurs marchent sur une ligne de crête délicate entre le convenable et le scandaleux, mais ne franchissent pas les limites de la bienséance bourgeoise. Cette dramaturgie commerciale dans laquelle les bons mots et les réparties cinglantes sont légion a longtemps été méprisée par les élites culturelles qui y voyaient un théâtre mineur comparé aux scènes subventionnées.

Les maîtres de la comédie de boulevard et leurs œuvres phares

  • Eugène Labiche reste le maître incontesté du vaudeville bourgeois au XIXe siècle, capable de satiriser les clichés de la classe moyenne avec un humour léger qui fait mouche. On pense par exemple à « Un chapeau de paille d’Italie » (1851) qui enchaîne les quiproquos autour d’un simple couvre-chef perdu.
  • Georges Feydeau maîtrise l’art de la farce boulevardière avec une précision remarquable. « La Dame de chez Maxim » (1899) explore l’adultère et les nuits parisiennes dans un tourbillon de rebondissements, « Le Dindon » (1896) traite des infidélités conjugales avec un humour irrésistible.
  • Sacha Guitry apporte quant à lui un humour plus caustique et des dialogues étincelants dans des pièces comme « Faisons un rêve » (1916), ce vaudeville spirituel qui a marqué son époque, ou « N’écoutez pas, mesdames ! » (1942), une comédie sur les relations amoureuses.
  • Quant à Marcel Pagnol, il transpose l’esprit du boulevard dans son Midi natal avec « Topaze » (1928), une critique acerbe de la corruption, et « Marius » (1929), première partie de sa trilogie marseillaise à la fois émouvante et particulièrement drôle.

La comédie de boulevard contemporaine

Au XXe siècle, la comédie de boulevard s’est adaptée aux mutations sociales mais n’en reste pas moins très divertissante. Jules Romains injecte de la satire politique dans « Knock » (1923), cette charge contre le pouvoir médical qui est restée d’une actualité troublante il y a encore quelques années. Après 1945, le genre persiste dans les théâtres privés parisiens où les reprises de classiques alternent avec des créations contemporaines.
Aujourd’hui, vous pouvez assister à des mises en scène qui revisitent les codes de la comédie de boulevard pour questionner notre société actuelle. Le Théâtre de Nesles a d’ailleurs programmé ces dernières années plusieurs comédies de boulevard comme « Un air de famille » de Jaoui-Bacri, « Un mari idéal » d’Oscar Wilde ou encore « Chat en poche » de Feydeau, preuve que le genre continue d’attirer le public parisien. Cette longévité s’explique assez simplement : ce genre sait faire rire tout en pointant les travers de la société, une recette qui reste efficace.

 

 

La comédie de boulevard prouve ainsi qu’un genre peut traverser les siècles sans perdre de sa vitalité ni de sa capacité à faire rire. Pour mesurer concrètement ce que ce genre a encore à offrir aujourd’hui, rendez-vous au Théâtre de Nesles où « Un banc pour deux » de Mon Panache illustre avec brio les codes du boulevard contemporain. Une soirée dans cette salle intimiste vous fera comprendre pourquoi ce théâtre continue de séduire génération après génération.

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